Propos déphasé : Pourquoi fêter Noël?

Certainement plus pour le petit Jésus. Et pas seulement pour Master Card non plus. Du moins je l’espère. Si le brouhaha des deux derniers mois n’était réduit qu’à cela je m’en voudrais beaucoup de m’être si facilement laissé berner. Car j’ai encore envie du temps des Fêtes. La raison ne peut pas en être seulement, ou même surtout, de rendre hommage au dieu Consommation.

Mon élan tient peut-être d’une peur et d’un réflexe ataviques : les jours qui semblaient s’étioler à presque tout jamais ne raccourcissent plus; mes offrandes au dieu Soleil semblent l’avoir amadoué. La lumière revient. Fiou! Encore une fois, j’ai l’impression qu’on est passé tout près de sombrer pour toujours dans la nuit. Le dieu a été clément. Je m’en réjouis comme s’il s’agissait d’un événement exceptionnel et majeur, d’un quasi miracle qui tient de la munificence du grand Manitou qui pourrait un jour ne pas le répéter.
Mais tout cela n’est que délire, de la bouillie pour les cas comme vous et moi. En effet, la lumière revient, est revenue, point, comme à chaque année. Le cycle est immuable. Je n’ai pas à sacrifier qui ou quoi que ce soit sur l’autel de mon atavique peur de la noirceur en remerciement pour cela. Pas à m’offrir moi-même, par ex., ou mon premier né, ou encore le solde de mon compte Air Miles si chèrement amassé. Pas à le faire à la condition de pouvoir me convaincre que je crois ce que je dis plus que du bout de ma rationalité; totalement, viscéralement. D’ici là, le rituel que je m’invente me réjouit et n’empêche rien.

Mon attachement aux Fêtes tient certainement aussi d’un restant du bourrage de crâne chrétien catholique plutôt borné que j’ai subi tout au long de mon enfance heureuse. Reliquat greffé de façon opportuniste sur ma peur du noir et mon réflexe d’apaisement des dieux. J’aime les cantiques de Noël et me rappeler mon frère qui beuglait le Minuit chrétien en se prenant pour Caruso. Comment ne pas acquiescer au fait que je baigne dans une culture d’ascendance judéo-chrétienne ? Même s’il y a plus de Goldorak que de Goliath dans l’imaginaire de mes enfants.
J’adhère à la part humaniste du message, des textes et de la liturgie chrétienne et catholique. Par contre je rejette l’église catholique, l’institution, qui s’est avérée mensongère, hypocrite, rétrograde et indigne de ce qu’elle prêchait. Incapable semble-t-il aussi de se redresser.
On m’a trahi. Il s’agit là d’une des grandes déceptions de ma vie. Colère. Fatalité. Reste le présent, l’amour, la bonté et le devoir de vigilance. Donner maintenant autour de moi. Souple sans être servile, généreux sans être niaiseux. Ne pas tendre aveuglément l’autre joue. Bien choisir ceux à qui je fais mes bisous. Même à Noël en fredonnant, Il est né le divin enfant.

Je ne vis pas à une ou deux contradictions près. Je fête Noël en même temps que je rejette l’idée de la vie après la mort qui est une des pièces maîtresses du kit des religions organisées. Non seulement cette fameuse vie d’extra-terrestres existerait-elle, mais on nous enjoint d’y sacrifier le présent pour un avenir lointain qu’on nous dit meilleurs, une éternité, un Eldorado où personne n’est jamais allé ni d’où personne n’est jamais revenu. Suspect. Et je devrais quand même y soumettre et en entraver ma vie, mon présent même imparfait, ma seule certitude, mon bien le plus précieux. Jamais. Alors je fête mon Noël, agnostique, réinterprété pour maintenant et ici seulement.

Atavisme et reliquat d’enfance, oui, mais mon Noël et mes Fêtes se nourrissent surtout de mon envie de bénir ceux que j’aime. Les bénir dans le sens de leur affirmer que je leur veux du bien. Le faire en nommant un espoir et leur souhaiter la force, la clarté de vue et la détermination pour se mettre en marche pour y arriver. Espoir actif plutôt que passif, motivation plutôt qu’attente après remise de nos vies entre les mains de plus grand que soi.
J’ai envie de bénir, et cela même si je ne crois pas à l’efficience totale du geste. Parce que je lui en reconnais une partielle, une beauté et un grand pouvoir d’apaisement. Cela me suffit.

En pratique, tout est vraiment beaucoup plus simple que ce qui précède. Quand arrive décembre, je me laisse porter, bercer. J’écoute plus mon cœur que ma raison. J’installe d’abord l’étoile des Mages au sommet du sapin. Pour moi, elle donne du sens à tout le restant. C’est aussi la dernière décoration que j’enlève au moment de dépouiller l’arbre. Entre ces deux temps, il y a le bonheur, ou presque, à la force du poignet…

Laisser un commentaire

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.